"Nous recherchons le bonheur, nous fuyons le malheur; nous avons peur de souffrir, nous voudrions toujours jouir et ne jamais mourrir. Voilà le corps de notre universelle humanité."
(Serge Bouchard, Un café avec Marie)
Compilation personnelle de citations, de fragments de textes et autres poussières de lecture et parfois... d'écriture
Parce que les écrits restent...
"Avoir des enfants, adopter un enfant, c'est avant tout créer un monde. Cet univers qui n'existait pas hier, il existe aujourd'hui, intense, inoubliable."
(Serge Bouchard, Un café avec Marie)
"Dans les sociétés anciennes, il y avait peu de supports externes pour entreposer la mémoire collective. Pas de documents, pas d'archives, pas de photos. L'instrument de la mémoire, c'était l'oralité, c'est-à-dire la récitation incantatoire des généalogies, des mythes, des histoires et des légendes propres à une société, cultivés par elle, transmis et retransmis à travers les générations. Curieusement, l'Occident a tôt fait de disqualifier ces contes et autres balivernes à la face même de l'histoire. Il a qualifié ce monde de "pré-historique" et a fait équivaloir la notion de mythe à de la pure fausseté. Sans document point de salut, car on sait bien que les écrits restent et que les paroles s'envolent. L'histoire commence avec l'écrit. L'histoire est donc un domaine d'enquête où il faut fournir des preuves écrites de ce que l'on avance. L'historien prétend à l'objectivité et il entend que son discours soit apprécié parce que vrai. Il se range du côté de la science. Le mythe et ses dérivés, le conte et la légende, n'ont pas cette prétention. Ils ne s'inscrivent pas dans la ligne du temps, ils tracent plutôt le cercle de l'éternel retour."
"D'ailleurs, si les écrits restent, ils n'ont pas toujours la valeur qu'on leur accorde. Car les documents se falsifient, les mensonges s'écrivent, les menteurs témoignent. L'objectivité en histoire est très souvent un mythe. On peut y tendre de bonne foi, s'en approcher parfois, mais la plupart du temps, cette objectivité cache une intention. Les histoires nationales, on le sait, sont des vues de l'esprit national. La mémoire collective est sélective. L'histoire du royaliste n'est pas l'histoire du républicain."
(Serge Bouchard, Un café avec Marie)
"La perte de mémoire est vue comme une maladie grave. Or comment se fait-il que, dans un monde où la mémoire individuelle prend une si grande importance, la mémoire collective, elle, soit en si grande perte de vitesse? Pourquoi s'intéresser au passé quand le passé n'a aucune valeur dans l'architecture de la société contemporaine? Le seul fait de se demander à quoi sert l'histoire pose déjà le problème de l'instrumentalisation du discours. Car, est-il nécessaire de le rappeler, la mémoire est un discours."
(Serge Bouchard, Un café avec Marie)
"Une conscience s'allume, une autre, mais aucune ne dure, aucune n'a jamais duré. Et je me dis : des milliards d'années sans que je sois. Et autant où je ne serai pas. Entre les deux, un passage éclair. C'est à n'y rien comprendre."
(Serge Bouchard, Un café avec Marie)
"Cela ne se fait plus, s'asseoir et ne rien faire, à l'affût des soubresauts magiques d'une réalité imprévisible. Elle est finie, l'épiphanie élémentaire, depuis l'avènement des écrans à tout faire."
(Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion)
"Aux alentours de ma chaloupe qui prend l'eau, je perçois encore la beauté du monde, je m'accroche aux frissons inédits. Je veux profiter de ce calme, de cette immobilité, je souhaite m'installer dans la routine de mes maux, profitant des répits, du passage du temps, bien à l'abri dans ma loge, observant la tempête, les glaces, les canards, les pluies d'automne, appréciant mon café, le manger, l'histoire, les documents, la visite de mes amis, les bons mots, face à face avec mes propres textes, imaginant la vie, domestiquant mes peines et mes souffrances, émerveillé devant la répétition des nuits et des jours, dans les bras de ma blonde et puis elle dans les miens, ce qui est le sens du monde, reconnaissant et grognon, abandonné aux souvenirs de mes enfants et petits-enfants. Tout ira bien, tout ira bien, voilà la première prière."
(Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion)
"Nous vivons tous les jours le vertige de Blaise Pascal, la frayeur en face de l'immense. C'est l'angoisse bien humaine de celui qui se lève seul la nuit, s'assoit dans le silence et réfléchit à tout cela en engouffrant une rangée de biscuits aux pépites de chocolat. Dans les circonstances, n'est-il pas attendrissant, le geste de se croiser les doigts? Nous sommes embarqués sur une nef livrée aux vents, aux creux et aux tourbillons, nous sommes emprisonnés dans la navette, captifs, poussés par l'élan de vie, sans autre choix que de filer vers l'avant sur cette route incertaine nommée existence. C'est parfois tranquille, souvent tempétueux, quelquefois dramatique. La durée du voyage ne se négocie pas. Sa direction non plus. Notre avenir est un grand vide indéterminé que nous comblons en étant. Seulement cela, être."
(Serge Bourchard, Les yeux tristes de mon camion)
Voici un des livres que je suis en train de lire :
Source de l'image : https://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/les-yeux-tristes-mon-camion-2531.html
Extraits à venir...