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lundi 23 janvier 2023

Follow the Sun

 

"Follow, follow the sun

And which way the wind blows
When this day is done
Breath, breath in the air
Set your intentions
Dream with care
Tomorrow is a new day for everyone
A brand new moon, brand new sun
So follow, follow the sun
The direction of the birds
The direction of love
Breath, breath in the air
Cheerish this moment
Cheerish this breath
Tomorrow is a new day for everyone
Brand new moon, brand new sun
When you feel love coming down on you
Like a heavy wave
When you feel this crazy society
Headin' to the strand
Take a straw to the nearest waters
And remember your place
Many moons have risen and fallen long, long before youve came
So which way is the wind blowin'
And what does your heart say?
So follow, follow the sun
And which way the wind blows

When this day is done..."

(Follow the Sun, chanson de Xavier Rudd)

dimanche 18 décembre 2022

Un avion aux ailes coupées

 "On est bien en autobus, vous trouvez pas? C'est comme un avion avec les ailes coupées, non?"

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

mercredi 9 novembre 2022

L' aviateur

 "Il se penche : "Adieu, mes amis..." Pour cet adieu dans l'aube, ils traînent des ombres immenses. Mais, au seuil de ce bond de plus de trois mille kilomètres, le pilote est déjà loin d'eux... Il regarde le capot noir appuyé sur le ciel, à contre-jour, en obusier. Derrière l'hélice, un paysage de gaze tremble.

Le moteur tourne maintenant au ralenti. On dénoue les poignées de main comme des amarres, les dernières. Le silence est étrange quand on agrafe sa ceinture et les deux courroies du parachute, puis quand d'un mouvement des épaules, du buste, on ajuste à son corps la carlingue. C'est le départ même : dès lors, on est d'un autre monde.

Un dernier coup d'oeil au tablier, horizon de cadrans, étroit mais expressif - on ramène, soigneux, l'altimètre à zéro, - un dernier coup d'ail aux ailes épaisses et courtes, un signe de la tête : "Ça va...", le voilà libre.




Ayant roulé lentement vent debout, il tire à lui la manette des gaz; le moteur, décharge de poudre s'embrase; l'avion, happé par l'hélice, fonce. Les premiers bonds sur l'air élastique s'amortissent, et le pilote, qui mesure sa vitesse aux réactions des commandes, se propage en elles, se sent grandir.

Le sol maintenant paraît se tendre, filer sous les roues comme une courroie. Ayant enfin jugé l'air, d'abord impalpable, puis fluide, devenu maintenant solide, le pilote s'y appuie et monte.

Les hangars qui bordent la piste, les arbres, puis les collines livrent l'horizon et se dérobent. À deux cent mètres, on se penche encore sur une bergerie d'enfant aux arbres posés droit, aux maisons peintes, les forêts sont encore épaisses comme une fourrure. Puis le sol se dénude.

L'atmosphère est houleuse, faite de vagues courtes et dures sur lesquelles l'avion bute et cabre; les remous le frappent aux ailes et, tout entier, il résonne. Mais le pilote le tient dans la main comme par le centre un balancier.

A trois mille, il gagne le calme. Le soleil se prend dans la mâture, aucun remous ne l'y agite. La terre, si loin, se fige, immobile. Le pilote règle les volets, le correcteur d'air et, le cap sur Paris, calcule sa dérive. Puis, se laissant engourdir pour dix heures, il ne se meut plus que dans le temps."

(Antoine de Saint-Exupéry, L'Aviateur)

jeudi 26 janvier 2017

Naissance d'une vie de pilote

"Tom commença mon apprentissage sur un DH Gipsy Moth, et son hélice pulvérisait le silence de l'aube sur les plaines de l'Athi. Nous nous balancions au-dessus des collines, au-dessus de la ville, puis nous revenions, et je compris comment un homme peut être maître d'un avion, et comment un avion peut être maître d'un élément. Je vis l'alchimie de la perspective réduire le monde que je connaissais, et tout le reste de ma vie, aux dimensions de grains de blé dans une tasse. J'appris à observer, à mettre ma confiance dans d'autres mains que les miennes. Et j'appris à partir à l'aventure. J'appris ce que tout enfant imaginatif a besoin de savoir - qu'il n'existe pas d’horizon si lointain qu'on ne puisse survoler et dépasser."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

lundi 28 novembre 2016

Vol de nuit

"Même avec de bonnes cartes, des instruments et un radio-guidage, le vol de nuit donne toujours une impression de solitude. Mais quand il faut voler dans une obscurité totale, sans même le froid réconfort d'une parie d'écouteurs, sans savoir si là où on va il y aura des lumières, de la vie, et un aéroport convenablement balisé, il n'est plus question de simple solitude. On peut éprouver un sentiment d'irréalité tel que l'existence même d'autres êtres vivants semble improbable. Les collines, les forêts, les rochers et les plaines se fondent dans une obscurité sans fin. La terre n'est pas plus votre planète que ne l'est une lointaine étoile - quand une étoile est visible; votre planète, c'est l'avion, et vous êtes son seul habitant."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

Décollage

"J'ai peut-être effectué mille vols en partant de l'aéroport de Nairobi, et je n'ai jamais senti les roues de mon avion se décoller de la terre sans connaître l'incertitude et l'excitation d'une aventure inédite."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

vendredi 5 août 2016

Envol

"Quatre semaines presque jour pour jour après l'accident de Denys, Tom et moi nous posions comme une fleur sur le terrain de l'aérodrome à l'issue d'un bref vol. Le Moth roula sur la piste en soulevant des nuages de  poussière rouge. Une fois à l'arrêt, au lieu de couper le moteur, Tom se mit debout sur l'aile et cria pour se faire entendre malgré le vacarme de l'hélice.
- Tu veux prendre les commandes toute seule, Beryl?
- Maintenant?
Il opina.
- Tu montes à quatre cents mètres et tu redescends tout de suite... Tout en douceur.
Tout en douceur... Il aurait fallu dire cela à mon coeur. Serais-je capable d'appliquer tout ce que Tom m'avait enseigné au cours des derniers mois? Allais-je parvenir à calmer mes pensées qui fusaient dans tous les sens, assaillies par des visions de tout ce qui risquait de se détraquer? Un seul incident avait suffit à rafler la vie de Denys, un incident qui demeurait une énigme.
Je mis une sourdine à mes craintes et levai les pouces en réponse à Tom. Ruta sortit du hangar et se tint à côté de Tom. Je leur adressai à tous les deux un grand signe de la main puis fit rouler le Moth jusqu'au bout de l'étroite piste et tournai son nez face au vent chaud de la plaine.
"N'oublies pas de mettre les gaz à fond, entendis-je Tom dire dans ma tête. Il te faut de la vitesse par cette chaleur, sinon tu vas décrocher." Ruta leva la main une fois. Kwaheri. Au revoir.
Poussant le moteur à fond, la gorge serrée, toutes les fibres de mon corps frémissantes, j'attendis le dernier moment avant de tirer le manche. Le Moth grimpa sec au-dessus du terrain en oscillant puis se redressa, trouvant le vent et son propre centre de gravité. Derrière moi je sentais la présence de Tom et Ruta, et aussi celle de Denys. Devant moi se déployait un monde qui s'ouvrait à mesure sous la pression de mes ailes puissantes.
J'étais en vol.

(Paula McLain, L'aviatrice)