dimanche 27 janvier 2008

Dans l'attente de tes "maux" à toi

"Je ne te parlerai que de cette écriture qui me délasse, et qui n'est pas rentable, que je perds aussitôt, que tu peux brûler comme il te plaît. Tu ne m'as rien demandé et voilà que je te catapulte de mots, dans l'attente de tes mots à toi, qui ne me parviennent pas."

(Hervé Guibert, Les Aventures singulières)

mardi 15 janvier 2008

C'est l'émotion qui crée la tragédie

"Nous avons l'impression que le destin joue avec nous, qu'il nous fait miroiter un peu de bonheur, nous nous jetons sur cet espoir de bonheur comme un insecte sur la lumière et nous sommes de nouveau blessés. En vérité il n'y a pas de situation heureuse qui n'amènera pas aussi des souffrances tant que nous serons susceptibles de souffrir. Et ce sont vos émotions qui vont aggraver cet aspect douloureux de l'existence. Toujours. C'est l'émotion qui crée la tragédie. Il n'y a pas de situation heureuse qui n'ait pas son côté douloureux, qui ne puisse pas vous blesser, vous faire mal, vous inquiéter, jamais."

(Arnaud Desjardins, Bienvenue sur la voie)

dimanche 13 janvier 2008

Jetez les livres

"Les livres n'ont aucune valeur s'ils ne vous aident pas à voir, s'ils ne vous montrent pas ce que vous n'aviez pas vu. Sinon, c'est une drogue, un stupéfiant. Jetez les livres et plongez-vous dans la vie."

(Arnaud Desjardins, Bienvenue sur la voie)

Marionnettes

"L'homme est une marionnette dont les aléas de l'existence tirent les fils."

"Vos pensées sont des citations, vos émotions sont des imitations, vos actions sont des caricatures."

(Swâmi Prajanânpad)

dimanche 6 janvier 2008

Saint-Christophe

"La légende dit que saint Christophe a fait traverser un fleuve au Christ enfant, en le portant sur ses épaules. La vérité est que ce sont les mères qui entrent jambes nues dans le grand courant noir du temps, portant leurs enfants sur leurs épaules, sentant le froid les corseter et ne pensant qu'à maintenir l'enfant hors de l'eau. Parfois l'une d'elles lâche prise et sombre dans le fleuve. C'est alors à l'enfant, trempé jusqu'à l'âme par l'angoisse, de devenir la mère de sa mère et de chercher à atteindre l'autre rive."

(Christian Bobin, La dame blanche)

samedi 29 décembre 2007

Tragique analyse

"Compte tenu du système socio-économique mis en place, compte tenu surtout de nos présupposés philosophiques, il est visible que l'humain se précipite vers une catastrophe à brève échéance, et dans des conditions atroces; nous y sommes déjà. La conséquence logique de l'individualisme c'est le meurtre, et le malheur. L'enthousiasme qui nous anime dans cette perte est remarquable; vraiment très curieux. Il est par exemple étonnant de voir avec quelle insouciance joyeuse on vient d'évacuer la psychanalyse - qui c'est vrai le méritait bien - pour la remplacer par une lecture réductionniste de l'humain à base d'hormones et de neuromédiateurs. La dissolution progressive au fil des siècles des structures sociales et familiales, la tendance croissante des individus à se percevoir comme des particules isolées, soumises à la loi des chocs, agrégats provisoires de particules plus petites... tout cela rend bien sûr inapplicable la moindre solution politique. Il est donc légitime de commencer par déblayer les sources d'optimisme creux. En revenant à une analyse plus philosophique des choses, on se rend compte que la situation est encore plus étrange qu'on le croyait. Nous avançons vers le désastre, guidés par une image fausse du monde; et personne ne le sait."

(Michel Houellebecq)

mercredi 19 décembre 2007

Basculement et amoindrissement

"C'est une sensation curieuse, de sentir sa vie qui bascule; il suffit de rester là, sans rien faire, d'éprouver la sensation de basculement."

"Je ne souffrais pas, mais je me sentais, effectivement, amoindri; je me sentais amoindri au-delà du possible. Il me demanda ce que j'avais l'intention de faire. Je répondis: "Attendre". Je me montrai raisonnablement optimiste; je lui déclarai que toute cette tristesse allait prendre fin, que j'allais retrouver mon bonheur, mais qu'il me fallait encore attendre. Il ne parut pas réellement convaincu."

(Michel Houellebecq, Plateforme)