lundi 12 janvier 2009

Apatride

"Cette blessure au coeur de Lucien de ne plus arpenter sa ville familière, de ne plus en entendre les bruits et les voix, de ne plus en respirer les odeurs, de n'en plus goûter les saveurs, de ne plus, surtout, voir ni sa mère ni ses amis, en somme cette blessure d'être un homme déraciné, dépouillé de tous ses repères, comme un amnésique se réveillant en un lieu inconnu (...)."

(Norbert Régina, La femme immobile)

jeudi 8 janvier 2009

Le dernier jour

"Et si on vous rendait votre santé pour une seule journée ? demandai-je, que feriez-vous ?
"Vingt-quatre heures ?"
Vingt-quatre heures.
"Voyons... je me lèverais le matin, je ferais ma gymnastique, je prendrais un merveilleux petit déjeuner avec des petits pains et du thé, j'irais nager, et ensuite j'inviterais mes amis à venir ici pour un bon déjeuner. Je les ferais venir un ou deux à la fois pour que nous puissions parler de leur famille, leurs problèmes, et de tout ce que nous représentons les uns pour les autres.
"Ensuite, j'aimerais faire une promenade, dans un jardin avec des arbres, pour regarder leurs couleurs, regarder les oiseaux, goûter cette nature que je n'ai pas vue depuis si longtemps.
"Le soir, nous irions tous ensemble au restaurant manger un merveilleux plat de pâtes, avec peut-être du canard - j'adore le canard ! - et ensuite on danserait le reste de la nuit. Je danserais avec de sublimes partenaires jusqu'à l'épuisement. Puis je rentrerais à la maison pour m'endormir d'un merveilleux sommeil profond."
C'est tout ?
"C'est tout."
C'est si simple, si banal. En fait je suis un peu déçu. Je pensais qu'il prendrait l'avion pour l'Italie, qu'il déjeunerait avec le président des États-Unis, qu'il gambaderait sur la plage, ou qu'il chercherait à faire les choses les plus exotiques qui lui passeraient par la tête. Après tous ces mois couché, incapable de bouger une jambe ou un pied, comment peut-il trouver la perfection dans une journée aussi ordinaire ?
C'est alors que je comprends que c'est précisément de cela qu'il s'agit."

(Mitch Albom, La dernière leçon)

Je me souviens

"La mort met fin à une vie, mais pas à une relation."

(Mitch Albom, La dernière leçon)

(Pour E.)

mercredi 7 janvier 2009

L'image des choses

"Le vieux peintre Wang Fo et son disciple erraient le long des routes du royaume des Han. Ils avançaient lentement car Wang Fo s'arrêtait la nuit pour contempler les astres et le jour pour regarder les libellules. Ils étaient peu chargés car Wang Fo aimait l'image des choses et non les choses elles-mêmes ; pour lui aucun objet au monde ne valait la peine d'être possédé excepté quelques brosses, des pots de laque et d'encre, des rouleaux de soie et du papier."

(Marguerite Yourcenar, Contes d'Orient)

Mortels voisins

"D'autres pays ont des ouragans, des volcans cracheurs de lave, des tsunamis, des tremblements de terre, des canicules. Nous, nous avons des voisins."

(Un écrivain libanais ou israelien...)

mardi 6 janvier 2009

Perfection

"La perfection ne consiste pas à faire des choses extraordinaires, mais à faire des choses ordinaires de façon extraordinaire."

(Dicton japonais)

dimanche 4 janvier 2009

Que vois-tu, toi qui me soignes, que vois-tu ?

"Que vois-tu, toi qui me soignes, que vois-tu ?
Quand tu me regardes, que penses-tu ?
Une vieille femme grincheuse, un peu folle.
Le regard perdu, qui n'y est plus tout à fait.
Qui bave quand elle mange et ne répond jamais.
Qui quand tu dis d'une voix forte "essayez".
Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais
Et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas.
Qui, docile ou non, te laisse faire à ta guise
Le bain et les repas pour s'occuper la longue journée garnie.

C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?
Alors, ouvre les yeux, ce n'est pas moi.
Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille,
Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux...
Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère,
Des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux,
Une jeune fille de 16 ans, des ailes aux pieds,
Rêvant que bientôt elle rencontrera un fiancé.
Mariée déjà à vingt ans, mon coeur bondit de joie
Au souvenir des voeux que j'ai fait ce jour-là.

J'ai vingt cinq ans maintenant et un enfant à moi
Qui a besoin de moi pour lui construire une maison,
Une femme de trente ans ; mon enfant grandit vite.
Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront.
Quarante ans, bientôt il ne sera plus là.
Mais mon homme est à mes côtés qui veille sur moi.
Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés.
Nous revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.

Voici les jours noirs, mon mari meurt.
Je regarde vers le futur en frémissant de peur.
Car mes enfants sont tous occupés à élever les leurs,
Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connu.
Je suis vieille maintenant et la nature est cruelle
Qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle.
Mon corps s'en va, la grâce et la force m'abandonnent
Et il y maintenant une pierre là où jadis j'eus un coeur.

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure,
Le vieux coeur se gonfle sans relâche.
Et je me souviens des joies, je me souviens des peines
Et à nouveau je revis ma vie et j'aime.
Je repense aux années, trop courtes et trop vite passées,
Et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer,
Alors ouvre les yeux, toi qui me soignes, et regarde,
Non, la vieille femme grincheuse, regarde mieux, tu me verras."

(Anonyme)