"En ce sens, l'idée poppérienne de remplacer la vérification par la falsification est excellente. Ce qui, selon lui, fait qu'une théorie est scientifique est sa capacité à être mise en défaut. La loi de Newton est une théorie scientifique parce qu'il est possible de concevoir une expérience (d'ailleurs déjà faite) qui la réfute. L'avance du périhélie de Mercure - c'est à dire la précession de son orbite elliptique - est, par exemple, en contradiction avec la gravitation universelle newtonienne. En revanche, l'expression "Dieu existe" n'est pas scientifique parce qu'elle ne saurait être réfutée. On ne peut concevoir une expérience qui soit en mesure de démontrer sa fausseté. Autant il est impossible de prouver une théorie scientifique pour les raisons précédemment évoquées (on ne peut tester l'infinité de ses prédictions et les tester avec une précision infinie), autant il est possible de la réfuter, de la mettre en défaut, puisqu'il suffit d'une seule observation qui entre en contradiction avec une de ses prédictions pour que celle-ci s'effondre."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
mardi 6 juin 2017
La démarche scientifique
"La science est un effort - souvent désespéré, c'est vrai, et peut-être parfois même pathétique, reconnaissons-le - pour tenter de lire dans le monde autre chose que ce que nous y avons nous-même instillé. Récuser cette démarche, ce n'est pas seulement se priver des richesses d'un monde protéiforme, c'est aussi - je le crains - faire preuve d'arrogance en oubliant que l'Univers ne se réduit pas à ce que nous souhaitons qu'il soit ou à ce que nous percevons directement de lui.
La science est une "désanthropocentrisation" du réel. Elle tente de nous mettre en rapport avec un ailleurs. Elle tente de frayer un chemin dans l'au-delà de notre vision immédiate. Elle tente de présenter un monde qui n'est pas la simple traduction de nos propres besoins ou désirs. L'astronomie, par exemple, montre que l'aspect de la voûte céleste dépend largement de la manière dont celle-ci est scrutée. Nos yeux ne voient presque rien. La lumière à laquelle nous sommes sensibles n'est qu'une fraction absolument dérisoire de l'ensemble des lumières (disons des ondes électromagnétiques) existantes. Quand le ciel est observé suivant ces autres lumières il présente un tout autre aspect."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
La science est une "désanthropocentrisation" du réel. Elle tente de nous mettre en rapport avec un ailleurs. Elle tente de frayer un chemin dans l'au-delà de notre vision immédiate. Elle tente de présenter un monde qui n'est pas la simple traduction de nos propres besoins ou désirs. L'astronomie, par exemple, montre que l'aspect de la voûte céleste dépend largement de la manière dont celle-ci est scrutée. Nos yeux ne voient presque rien. La lumière à laquelle nous sommes sensibles n'est qu'une fraction absolument dérisoire de l'ensemble des lumières (disons des ondes électromagnétiques) existantes. Quand le ciel est observé suivant ces autres lumières il présente un tout autre aspect."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
Penser en scientifique
"La science a cette salutaire capacité à nous montrer que l'Univers n'est pas qu'une construction conventionnelle: quelque chose d'étrange, souvent de magnifique, parfois de stupéfiant, se révèle à nous. Penser en scientifique, c'est d'abord accepter de se laisser surprendre; c'est ne pas enclore le réel dans ce que nous souhaitons qu'il soit; c'est vouloir penser au-delà de nos fantasmes et de nos croyances. En demeurant conscient des limites évidentes de cette démarche : la pensée ne se distancie jamais d'elle-même. C'est cet effort teinté d'impossible qui, sans doute, fonde le geste."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
La Vérité dans la Grèce archaïque
"En Grèce archaïque, la vérité ne s'opposait pas au mensonge ou à l'erreur mais à l'oubli. La parole du poète, inspirée par les Muses, tendait à définir la vérité comme anamnèse, c'est-à-dire comme mémoire ressuscitée. Elle est primitivement davantage une pratique initiatique qu'un concept logique."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
Définir la science
"Je ne pense donc pas qu'il soit possible de trouver une définition simple de ce qu'est la science. Et je ne suis pas persuadé que ce soit même souhaitable. Il faut laisser un peu de souplesse et ne surtout pas trop figer les possibles. Définir, bien que cela puisse être nécessaire, est toujours un acte dangereux et parfois même violent. Les dictionnaires sont des cimetières ou des prisons. Rien ne serait pire que de "pétrifier" une démarche en l'enfermant dans une définition qui, aussi précise soit-elle pour décrire un état de fait à un instant donné, interdirait la dynamique évolutive.
Qu'est-ce que définir? Dans certains cas, nous disposons d'un ensemble d'objets ou de démarches pour lesquelles il faut chercher un concept permettant de les subsumer - disons de les englober. Ce serait alors une définition "en extension". Nous serions en accord sur ce que sont les gestes scientifiques, sur ce que sont les attitudes non scientifiques, et nous chercherions les mots pour caractériser ce qui différencie les premiers des secondes. Dans d'autres cas, au contraire, nous cherchons un concept a priori pour déterminer ensuite ce que seront les choses ou les démarches qui y satisfont. Ce serait alors une définition "en intention". Certains considèrent que l'art se définit mieux suivant la première approche et la science suivant la seconde. L'intention de la science, le concept qui rassemble ses modes ou ses déclinaisons, serait alors la Vérité ou l'exactitude. Je pense que ces disjonctions sont très naïves. La situation est beaucoup plus complexe et intriquée que cela.
Et il me semble même raisonnable de choisir cette complexité comme un élément de la "proto-définition" qu'il serait possible de donner de la science. Elle est avant tout une tension. Une tension constitutive entre, d'une part, la liberté presque démiurgique du scientifique et, d'autre part, la contrainte terrible que constitue le réel. Il existe de multiples manières - peut-être une infinité - de décrire le même monde et le scientifique est en situation de choix. Il est créateur. Il invente un modèle dans un rapport au monde qu'on pourrait dire essentiellement "esthétique". Il façonne un discours. Il est guidé par la beauté. Mais sa création est sous contrainte. Il se doit de faire face à une altérité radicale. Quelque chose s'impose à lui. Ce qu'il observe ne reflète pas que ses fantasmes ou ses attentes. La nature n'est pas - et c'est là sa grâce - que le miroir de nos attentes. Le chercheur est aux prises avec l'implacable factualité d'un réel qui n'est jamais purement contractuel. C'est certainement au coeur de cette tension que se joue le geste scientifique."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
Qu'est-ce que définir? Dans certains cas, nous disposons d'un ensemble d'objets ou de démarches pour lesquelles il faut chercher un concept permettant de les subsumer - disons de les englober. Ce serait alors une définition "en extension". Nous serions en accord sur ce que sont les gestes scientifiques, sur ce que sont les attitudes non scientifiques, et nous chercherions les mots pour caractériser ce qui différencie les premiers des secondes. Dans d'autres cas, au contraire, nous cherchons un concept a priori pour déterminer ensuite ce que seront les choses ou les démarches qui y satisfont. Ce serait alors une définition "en intention". Certains considèrent que l'art se définit mieux suivant la première approche et la science suivant la seconde. L'intention de la science, le concept qui rassemble ses modes ou ses déclinaisons, serait alors la Vérité ou l'exactitude. Je pense que ces disjonctions sont très naïves. La situation est beaucoup plus complexe et intriquée que cela.
Et il me semble même raisonnable de choisir cette complexité comme un élément de la "proto-définition" qu'il serait possible de donner de la science. Elle est avant tout une tension. Une tension constitutive entre, d'une part, la liberté presque démiurgique du scientifique et, d'autre part, la contrainte terrible que constitue le réel. Il existe de multiples manières - peut-être une infinité - de décrire le même monde et le scientifique est en situation de choix. Il est créateur. Il invente un modèle dans un rapport au monde qu'on pourrait dire essentiellement "esthétique". Il façonne un discours. Il est guidé par la beauté. Mais sa création est sous contrainte. Il se doit de faire face à une altérité radicale. Quelque chose s'impose à lui. Ce qu'il observe ne reflète pas que ses fantasmes ou ses attentes. La nature n'est pas - et c'est là sa grâce - que le miroir de nos attentes. Le chercheur est aux prises avec l'implacable factualité d'un réel qui n'est jamais purement contractuel. C'est certainement au coeur de cette tension que se joue le geste scientifique."
(Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences)
vendredi 12 mai 2017
"Un jour, j'ai rencontré un rabbin qui vivait dans une toute petite chambre avec seulement une table et une chaise. Je lui ai demandé : "Mais, rabbin, où sont vos meubles?"
Il me répondit : "Et vous, où sont les vôtres?
- Moi? Mais je ne fais que passer...
- Et bien, moi aussi, répondit le rabbin. Je ne fais que passer."
(Stuart Wild, Les lois de l'esprit)
Il me répondit : "Et vous, où sont les vôtres?
- Moi? Mais je ne fais que passer...
- Et bien, moi aussi, répondit le rabbin. Je ne fais que passer."
(Stuart Wild, Les lois de l'esprit)
dimanche 7 mai 2017
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