"Selon ces différentes théories, l'individu postmoderne ne s'identifierait plus à un lieu en particulier, celui où l'on naît, travaille, fonde une famille, vieillit et meurt, mais il traverserait tout au long de sa vie différentes expériences relationnelles, inscrites chacune dans des lieux différents, ce qui lui conférerait une forme d'identification multiple. Par ce vagabondage identitaire, il laisserait derrière lui les structures d'organisation anciennes, dites "solides", où les normes étaient créées collectivement (le village, la tribu, la société d'ordres, le parti, les institutions de la République...), pour se fondre dans une "société liquide", où son statut social et son identité seraient définis uniquement en termes de choix individuels, variant au gré de ses déplacements et de sa flexibilité, et où l'acte de consommation serait la seule valeur de référence. L'avion, ici, joue donc un rôle de facilitateur essentiel. Il contribue au métissage des identités en même temps qu'au cosmopolitisme des groupes sociaux. Et au territoire de référence unique où s'ancrait autrefois l'existence humaine, il substitue une sorte de territoire en pointillé. La biographie de l'individu devient une collection de coupons de vol, où aucune destination n'a plus de valeur que les autres."
(Sébastien Porte, Le dernier avion)