mardi 30 juin 2026

Le territoire comme refuge

 "Mais au-delà de tout ça, l'enseignement le plus important que le territoire m'a apporté réside sans doute en sa simplicité. Une simplicité qui nous ramène à l'essentiel, à un état d'humilité qu'on a cruellement oublié, tassé sous des couches et des couches d'asphalte et de béton. Un état de vulnérabilité qui, telle la plus grande des leçons à qui sait l'entendre, se cueille comme le plus beau des cadeaux.

C'est ce que la nature m'a apporté quelque part au commencement de la pandémie, à une époque où tout était et reste incertain. Le territoire comme refuge."

(Isabelle Picard, Indienne de ville)

jeudi 18 juin 2026

L'importance du non-écrit

 "[Ernest Hemingway] est l'auteur de la "théorie de l'iceberg": pour lui, si un iceberg nous paraît aussi grandiose, c'est parce qu'un huitième seulement en est visible et qu'il nous revient d'imaginer le reste. Appliquée à une oeuvre littéraire, cette théorie fait du texte et des images la partie émergée, et des pensées et des émotions la partie immergée de l'iceberg. La plus petite partie, c'est ce qu'écrit l'auteur, avec la plus grosse contenue en son sein. Pour un débutant comme moi, cette leçon s'est avérée très utile. La somme de ce qu'on n'écrit pas doit être infiniment supérieure à ce qu'on écrit. L'art du roman, c'est réussir à faire tenir dans un texte et un nombre fini d'images des pensées et des émotions infinies. Au début, je me suis surtout entraîné à ça. J'ai réfléchi à comment laisser du vide, à comment ne pas écrire - et non à comment écrire."

(Hu Anyan, Livreur de colis à Pékin)

vendredi 12 juin 2026

Vieillir

"Le vieillissement est un processus extraordinaire durant lequel nous devenons la personne que nous aurions toujours dû être."

(David Bowie) 

jeudi 30 avril 2026

À travers l'oeil de Dieu

 "L'avion est aussi une expérience visuelle hors du commun. Avec lui, la Terre devient soudain visible, on l'appréhende dans sa globalité, sa rotondité, on découvre le détail de ses plis, de ses méandres, les anfractuosités de ses reliefs, le scintillement de ses villes, on embrasse d'un seul coup d'oeil la totalité et le dérisoire de millions de vies terrestres. Comme une métaphore de la toute-puissance divine. Un peu plus et l'on se prendrait pour Dieu. Ou à l'inverse, dans une perspective plus temporelle, on est rabaissé à l'échelon le plus bas et le plus humble de notre condition humaine, réduit à l'état de monade parmi les monades. Car le voyage aérien peut faire office de leçon de vie : tout ce qui, au sol, était gros, grave, important, préoccupant, devient dans les airs petit, insignifiant, relatif, indifférent. Et l'on se sent comme avalé dans un grand tout. Poussière en suspension au-dessus d'autres poussières."

(Sébastien Porte, Le dernier avion)

Société liquide

 "Selon ces différentes théories, l'individu postmoderne ne s'identifierait plus à un lieu en particulier, celui où l'on naît, travaille, fonde une famille, vieillit et meurt, mais il traverserait tout au long de sa vie différentes expériences relationnelles, inscrites chacune dans des lieux différents, ce qui lui conférerait une forme d'identification multiple. Par ce vagabondage identitaire, il laisserait derrière lui les structures d'organisation anciennes, dites "solides", où les normes étaient créées collectivement (le village, la tribu, la société d'ordres, le parti, les institutions de la République...), pour se fondre dans une "société liquide", où son statut social et son identité seraient définis uniquement en termes de choix individuels, variant au gré de ses déplacements et de sa flexibilité, et où l'acte de consommation serait la seule valeur de référence. L'avion, ici, joue donc un rôle de facilitateur essentiel. Il contribue au métissage des identités en même temps qu'au cosmopolitisme des groupes sociaux. Et au territoire de référence unique où s'ancrait autrefois l'existence humaine, il substitue une sorte de territoire en pointillé. La biographie de l'individu devient une collection de coupons de vol, où aucune destination n'a plus de valeur que les autres."

(Sébastien Porte, Le dernier avion)

samedi 29 juillet 2023

Risquer sa vie

 "Comment ne pas s'interroger sur ce que devient une culture qui ne peut plus penser le risque sans en faire un acte héroïque, une pure folie, une conduite déviante? Et si le risque traçait un territoire avant même de réaliser un acte, s'il supposait une certaine manière d'être au monde, construisait une ligne d'horizon... Risquer sa vie c'est d'abord, peut-être, ne pas mourir. Mourir de notre vivant, sous toutes les formes du renoncement, de la dépression blanche, du sacrifice." 

(Anne Dufourmantelle, Éloge du risque)


jeudi 6 juillet 2023

Le cycle de la vie

 « Je ne crois pas en Dieu, en aucune force supérieure. On vit, on meurt. Le cycle du carbone continue. »


(Raynor Winn, Le chemin de sel)

dimanche 25 juin 2023

Endeuillé

 « Il me semble que construire son avenir avec la conscience d’un avant meilleur, c’est quand même naître dans un deuil. »

(Marie-Pierre Duval, Au pays du désespoir tranquille)

Femmes libérées, vraiment?

 « Tant d’efforts à être belles. Tant d’énergie à être bonnes. Mais après, que nous reste-t-il pour être libres? »


(Marie-Pierre Duval, Au pays du désespoir tranquille)

lundi 1 mai 2023

Ce qui tue vraiment

 "C'est ça, la disposition des biens, il s'agit d'un travail d'élimination de tout ce qui avait un sens pour la personne décédée, mais pas nécessairement pour nous. Au nom de quoi je conserverais ces bottes et cette photo? 

Pourquoi porter toute l'attention sur les funérailles alors que ce qui tue réellement la vie et la mémoire, le souvenir du vivant, c'est la disposition de ses biens? 

Je trie la vie de mon père."

(Alexandra Gilbert, Obsolète)

lundi 23 janvier 2023

Follow the Sun

 

"Follow, follow the sun

And which way the wind blows
When this day is done
Breath, breath in the air
Set your intentions
Dream with care
Tomorrow is a new day for everyone
A brand new moon, brand new sun
So follow, follow the sun
The direction of the birds
The direction of love
Breath, breath in the air
Cheerish this moment
Cheerish this breath
Tomorrow is a new day for everyone
Brand new moon, brand new sun
When you feel love coming down on you
Like a heavy wave
When you feel this crazy society
Headin' to the strand
Take a straw to the nearest waters
And remember your place
Many moons have risen and fallen long, long before youve came
So which way is the wind blowin'
And what does your heart say?
So follow, follow the sun
And which way the wind blows

When this day is done..."

(Follow the Sun, chanson de Xavier Rudd)

dimanche 18 décembre 2022

Un avion aux ailes coupées

 "On est bien en autobus, vous trouvez pas? C'est comme un avion avec les ailes coupées, non?"

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

 "On a l'âge des pensées qu'on a avant de s'endormir."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

Carpe diem

 "Vis plus souvent tu mourras moins longtemps."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

 "On n'est plus peureux, anxieux, niaiseux ; on n'a plus d'âge, d'usages, de visage ; on a tout jeté ça."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

 "Si on le jette encore, si on s'accroche pas, si on s'en souvient même plus, il va encore rester rien. C'est-à-dire qu'il va rester encore toute la place, c'est-à-dire notre pleine liberté..."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

jeudi 15 décembre 2022

 "Tout le monde est obligé de se retenir, de s'empêcher de se donner. Les gens ne veulent que ton plus petit peu. Le moins de mots possible dans une phrase, le moins de phrases dans une lettre, le moins de lettres dans une année..."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

mardi 13 décembre 2022

 "On a regardé dehors. Il n'y avait rien, sauf le printemps, et il ne faisait rien. On a lavé la vaisselle. Il n'y en avait pas beaucoup ; ça a été vite fait. Avant, quand il ne nous restait plus rien à faire, on se creusait la tête. "C'est effrayant, la vie est en train de nous passer sous le nez." Maintenant on s'assoit et on reste assis tranquilles en priant le bon Dieu que ça ne change pas. "On est donc bien!" On s'est dit que ce qui nous passe sous le nez ne nous passe pas à travers le coeur. Et on s'est crus."

(Réjean Ducharme, L'hiver de force)

mercredi 9 novembre 2022

L' aviateur

 "Il se penche : "Adieu, mes amis..." Pour cet adieu dans l'aube, ils traînent des ombres immenses. Mais, au seuil de ce bond de plus de trois mille kilomètres, le pilote est déjà loin d'eux... Il regarde le capot noir appuyé sur le ciel, à contre-jour, en obusier. Derrière l'hélice, un paysage de gaze tremble.

Le moteur tourne maintenant au ralenti. On dénoue les poignées de main comme des amarres, les dernières. Le silence est étrange quand on agrafe sa ceinture et les deux courroies du parachute, puis quand d'un mouvement des épaules, du buste, on ajuste à son corps la carlingue. C'est le départ même : dès lors, on est d'un autre monde.

Un dernier coup d'oeil au tablier, horizon de cadrans, étroit mais expressif - on ramène, soigneux, l'altimètre à zéro, - un dernier coup d'ail aux ailes épaisses et courtes, un signe de la tête : "Ça va...", le voilà libre.




Ayant roulé lentement vent debout, il tire à lui la manette des gaz; le moteur, décharge de poudre s'embrase; l'avion, happé par l'hélice, fonce. Les premiers bonds sur l'air élastique s'amortissent, et le pilote, qui mesure sa vitesse aux réactions des commandes, se propage en elles, se sent grandir.

Le sol maintenant paraît se tendre, filer sous les roues comme une courroie. Ayant enfin jugé l'air, d'abord impalpable, puis fluide, devenu maintenant solide, le pilote s'y appuie et monte.

Les hangars qui bordent la piste, les arbres, puis les collines livrent l'horizon et se dérobent. À deux cent mètres, on se penche encore sur une bergerie d'enfant aux arbres posés droit, aux maisons peintes, les forêts sont encore épaisses comme une fourrure. Puis le sol se dénude.

L'atmosphère est houleuse, faite de vagues courtes et dures sur lesquelles l'avion bute et cabre; les remous le frappent aux ailes et, tout entier, il résonne. Mais le pilote le tient dans la main comme par le centre un balancier.

A trois mille, il gagne le calme. Le soleil se prend dans la mâture, aucun remous ne l'y agite. La terre, si loin, se fige, immobile. Le pilote règle les volets, le correcteur d'air et, le cap sur Paris, calcule sa dérive. Puis, se laissant engourdir pour dix heures, il ne se meut plus que dans le temps."

(Antoine de Saint-Exupéry, L'Aviateur)

dimanche 9 octobre 2022

Vivre et laisser-vivre

« Laisse ton enfant faire ce qu’il veut; tu n’es pas à ta place. Laisse-le vivre. »

(Croyance forte chez les Yaka, un peuple de chasseurs-cueilleurs d’Afrique centrale. In Michaeleen Doucleff, Chasseur, ceuilleur, parent)