"Depuis ma petite enfance, d'instinct, je penche vers l'opinion opposée : ne pas souffrir; c'est là, me semble-t-il, la grande, l'importante affaire. Les gens qui veulent vivre comme ils disent, c'est-à-dire rire aux éclats et crier de mal ensuite, pleurer, chanter, s'agiter, me paraissent de misérables possédés, de pitoyables déments. "Tout près du renoncement est la béatitude", dit le Bhagavad-Gita et ceci ne doit pas être entendu au sens chrétien du terme renonciation, mais comme le rejet de ce dont on a soi-même reconnu l'insignifiance, ou pis, la nocivité foncière.
Cela doit bien t'ennuyer, peut-être même t'agacer, mon grand cher, ces dissertations philosophiques d'un moumi pratiquant ce que je qualifierai "un ascétisme épicurien".
(Alexandra David-Néel)
jeudi 14 juin 2007
mercredi 13 juin 2007
Les principes
"On n'a jamais rien fait grandir avec des principes. On ne fait pas pousser une fleur avec des idées sur la botanique mais avec de l'eau, de la lumière et de la patience, beaucoup de patience, au jour le jour. On transmet à un enfant ce qu'on est - jamais ce qu'on croit qu'il faut être. On est élevé par des gens qui ont été enfants : c'est donc leur enfance à eux qui nous élève."
(Christian Bobin, La merveille et l'obscur)
(Christian Bobin, La merveille et l'obscur)
"Elle vous parle d'elle...
...c'est-à-dire de ceux qu'elle aime. Nous sommes faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d'autre. Si retranchée soit notre vie, perdue sur les hauteurs brûlées de vent, elle n'est jamais si proche que dans une poignée de visages aimées, que dans cette pensée qui va vers eux, dans ce souffle d'eux à nous, de nous à eux."
(Christian Bobin, comme d'habitude, un extrait découvert au hasard dans L'inespérée).
(Christian Bobin, comme d'habitude, un extrait découvert au hasard dans L'inespérée).
mardi 5 juin 2007
J'ai rêvé
"Je suis le seul homme sur la Terre et peut-être
n'y a-t-il ni Terre ni homme.
Peut-être qu'un dieu me trompe.
Peut-être qu'un dieu m'a condamné au temps,
cette longue illusion.
Je rêve de lune et je rêve mes yeux
qui la perçoivent.
J'ai rêvé le soir et le matin du premier jour.
J'ai rêvé Carthage et les légions
qui dévastèrent Carthage.
J'ai rêvé Lucain.
J'ai rêvé la colline du Golgotha
et les croix de Rome.
J'ai rêvé la géométrie.
J'ai rêvé le point, la ligne, le plan
et le volume.
J'ai rêvé le jaune, le rouge et le bleu.
J'ai rêvé les mappemondes et les royaumes
et le deuil à l'aube.
J'ai rêvé la douleur inconcevable.
J'ai rêvé le doute et la certitude.
J'ai rêvé la journée d'hier.
Mais peut-être n'ai-je pas eu d'hier,
peut-être ne suis-je pas né.
Je rêve, qui sait, d'avoir rêvé.
(Jorge Luis Borges)
n'y a-t-il ni Terre ni homme.
Peut-être qu'un dieu me trompe.
Peut-être qu'un dieu m'a condamné au temps,
cette longue illusion.
Je rêve de lune et je rêve mes yeux
qui la perçoivent.
J'ai rêvé le soir et le matin du premier jour.
J'ai rêvé Carthage et les légions
qui dévastèrent Carthage.
J'ai rêvé Lucain.
J'ai rêvé la colline du Golgotha
et les croix de Rome.
J'ai rêvé la géométrie.
J'ai rêvé le point, la ligne, le plan
et le volume.
J'ai rêvé le jaune, le rouge et le bleu.
J'ai rêvé les mappemondes et les royaumes
et le deuil à l'aube.
J'ai rêvé la douleur inconcevable.
J'ai rêvé le doute et la certitude.
J'ai rêvé la journée d'hier.
Mais peut-être n'ai-je pas eu d'hier,
peut-être ne suis-je pas né.
Je rêve, qui sait, d'avoir rêvé.
(Jorge Luis Borges)
dimanche 3 juin 2007
vendredi 1 juin 2007
Je sais
"Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir."
(Arthur Rimbaud, Extrait du Le bateau ivre)
Et les ressacs et les courants : je sais le soir
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir."
(Arthur Rimbaud, Extrait du Le bateau ivre)
dimanche 27 mai 2007
Êtes-vous prêts ?
"C'est ainsi que vivent la plupart d'entre nous, suivant un plan établi d'avance. Nous consacrons notre jeunesse à faire des études. Puis nous trouvons un travail, rencontrons quelqu'un, nous marions et avons des enfants. Nous achetons une maison, nous nous efforçons de réussir professionnellement, rêvons d'une résidence secondaire ou d'une seconde voiture. Nous partons en vacances avec des amis. Nous faisons des projets pour notre retraite. Pour certains d'entre nous, le plus grand dilemme auquel nous ayons jamais à faire face est de décider du lieu de nos prochaines vacances ou de choisir qui inviter pour Noël. Notre existence est monotone, mesquine et répétitive, gaspillée à poursuivre des objectifs insignifiants car nous semblons, en fait, ne rien connaître de mieux.
Le rythme de notre vie est si trépidant que la dernière chose à laquelle nous ayons le temps de penser est la mort. Nous étouffons notre peur secrète de l'impermanence en nous entourant d'un nombre sans cesse croissant de biens, d'objets, de commodités, pour en devenir, en fin de compte, les esclaves. Tout notre temps et toute notre énergie s'épuisent à les maintenir. Notre seul but dans l'existence devient bientôt de nous entourer du maximum de sécurité et de garanties. Lorsque des changements surviennent, nous y remédions par une solution facile et temporaire, un expédient. Et notre vie s'écoule ainsi, à moins qu'une maladie grave ou une catastrophe ne vienne nous secouer de notre torpeur."
(Sogyal Rinpoché, Le livre tibétain de la vie et de la mort)
Le rythme de notre vie est si trépidant que la dernière chose à laquelle nous ayons le temps de penser est la mort. Nous étouffons notre peur secrète de l'impermanence en nous entourant d'un nombre sans cesse croissant de biens, d'objets, de commodités, pour en devenir, en fin de compte, les esclaves. Tout notre temps et toute notre énergie s'épuisent à les maintenir. Notre seul but dans l'existence devient bientôt de nous entourer du maximum de sécurité et de garanties. Lorsque des changements surviennent, nous y remédions par une solution facile et temporaire, un expédient. Et notre vie s'écoule ainsi, à moins qu'une maladie grave ou une catastrophe ne vienne nous secouer de notre torpeur."
(Sogyal Rinpoché, Le livre tibétain de la vie et de la mort)
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