lundi 2 janvier 2017

Méditer

"Méditer, c'est apprendre à désamorcer les bombes qui pleuvent dans notre esprit et laisser s'évaporer ces scénarios auxquels nous croyons dur comme fer. Quand le mental nous sert comme sur un plateau le pire du pire, simplement regarder, ne rien faire. M'abstenir de réagir relève parfois d'un courage presque inhumain lorsque la tempête mentale fait rage. Ce qui aide, c'est de constater que l'intempérie qui ébranle mon ego peut être à dix sur l'échelle de Richter émotionnelle sans que j'en meure pour autant. Inlassablement, toujours, il s'agit de laisser passer l'émotion qui, si nous ne l'alimentons pas, s'épuise d'elle même. Cette longue ascèse, réitérée mille fois par jour, consiste à se laisser flotter parmi les vagues pour voir qu'elles ne durent pas."

(Christophe André, Alexandre Jollien et Mathieu Riccard, Trois amis en quête de sagesse)

lundi 28 novembre 2016

Pilote professionnel

"Tous les pilotes professionnels appartiennent à une sorte de guilde, sans charte ni règlement. Pour y être admis, il suffit de bien connaître les vents, la boussole, le gouvernail, et d'être loyal envers les collègues. C'est une camaraderie dénuée de sentiment, comme celle qu'ont dû connaître et respecter les hommes qui, autrefois, traversaient des mers inconnus sur des vaisseaux de bois."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

Vol de nuit

"Même avec de bonnes cartes, des instruments et un radio-guidage, le vol de nuit donne toujours une impression de solitude. Mais quand il faut voler dans une obscurité totale, sans même le froid réconfort d'une parie d'écouteurs, sans savoir si là où on va il y aura des lumières, de la vie, et un aéroport convenablement balisé, il n'est plus question de simple solitude. On peut éprouver un sentiment d'irréalité tel que l'existence même d'autres êtres vivants semble improbable. Les collines, les forêts, les rochers et les plaines se fondent dans une obscurité sans fin. La terre n'est pas plus votre planète que ne l'est une lointaine étoile - quand une étoile est visible; votre planète, c'est l'avion, et vous êtes son seul habitant."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

Décollage

"J'ai peut-être effectué mille vols en partant de l'aéroport de Nairobi, et je n'ai jamais senti les roues de mon avion se décoller de la terre sans connaître l'incertitude et l'excitation d'une aventure inédite."

(Beryl Markham, Vers l'Ouest avec la nuit)

vendredi 9 septembre 2016

Étudiants universitaires en 2016

"Nous apprenons des choses qui encore une fois bouleversent tout. Nous commençons d'ailleurs à être las des bouleversements. On ne peut quand même pas chaque mois supporter des tremblements de terre, des volcans et des inondations. La professeure nous balance des informations sans faire attention à leur aspect corrosif. Pour elle, tout cela semble normal. Tant pis pour nous. Il nous faut encaisser. Nous avons payé pour cela.
Les autres étudiants m'impressionnent toujours davantage. Trois rangées devant, il y en a un qui dort depuis le début. Un autre joue aux échecs sur son portable. Une autre encore semble se tricoter un chandail de laine. J'en ai compté six ou sept qui sont arrivés en retard, se faufilant à travers les rangées déjà bondées, embarrassés de leurs gros manteaux, leurs sacs à dos, un café dans les mains, la casquette, le portable, le iPad, le iPod Touch, une génératrice à essence sans plomb et divers équipements pour l'escalade. Je crois même en avoir aperçu deux ou trois en train de se faire une fondue bourguignonne, ou une raclette ou quelque chose du genre. Les étudiants d'aujourd'hui sont en dynamite. Ils ont beaucoup de choses à faire et sont très occupés. Rien à voir avec ceux d'autrefois."

 (Maxime Oilivier Moutier, Journal d'un étudiant en histoire de l'art)

vendredi 5 août 2016

Envol

"Quatre semaines presque jour pour jour après l'accident de Denys, Tom et moi nous posions comme une fleur sur le terrain de l'aérodrome à l'issue d'un bref vol. Le Moth roula sur la piste en soulevant des nuages de  poussière rouge. Une fois à l'arrêt, au lieu de couper le moteur, Tom se mit debout sur l'aile et cria pour se faire entendre malgré le vacarme de l'hélice.
- Tu veux prendre les commandes toute seule, Beryl?
- Maintenant?
Il opina.
- Tu montes à quatre cents mètres et tu redescends tout de suite... Tout en douceur.
Tout en douceur... Il aurait fallu dire cela à mon coeur. Serais-je capable d'appliquer tout ce que Tom m'avait enseigné au cours des derniers mois? Allais-je parvenir à calmer mes pensées qui fusaient dans tous les sens, assaillies par des visions de tout ce qui risquait de se détraquer? Un seul incident avait suffit à rafler la vie de Denys, un incident qui demeurait une énigme.
Je mis une sourdine à mes craintes et levai les pouces en réponse à Tom. Ruta sortit du hangar et se tint à côté de Tom. Je leur adressai à tous les deux un grand signe de la main puis fit rouler le Moth jusqu'au bout de l'étroite piste et tournai son nez face au vent chaud de la plaine.
"N'oublies pas de mettre les gaz à fond, entendis-je Tom dire dans ma tête. Il te faut de la vitesse par cette chaleur, sinon tu vas décrocher." Ruta leva la main une fois. Kwaheri. Au revoir.
Poussant le moteur à fond, la gorge serrée, toutes les fibres de mon corps frémissantes, j'attendis le dernier moment avant de tirer le manche. Le Moth grimpa sec au-dessus du terrain en oscillant puis se redressa, trouvant le vent et son propre centre de gravité. Derrière moi je sentais la présence de Tom et Ruta, et aussi celle de Denys. Devant moi se déployait un monde qui s'ouvrait à mesure sous la pression de mes ailes puissantes.
J'étais en vol.

(Paula McLain, L'aviatrice)

lundi 13 juin 2016

L'esthétisation du monde

"Plus l'art s'infiltre dans le quotidien et l'économie, moins il est chargé de haute valeur spirituelle; plus la dimension esthétique se généralise, plus elle apparaît comme une simple occupation de la vie, un accessoire n'ayant d'autre finalité que celle d'animer, décorer, sensualiser la vie ordinaire." (Gilles Lipovetsky et Jean Serroy)