samedi 13 septembre 2008

De multiples modèles d'humanité

"J'ai foulé chacune des pierres jonchant le sol de ce pays. J'ai ressenti à intervalles réguliers le besoin de m'en éloigner, peut-être afin de me rapprocher de moi-même. Je ne sais pas si je suis parvenu à cette intimité avec un être qu'on dirait fugitif et qui me fuit sans cesse. Mes voyages ne m'ont jamais révélé l'exacte profondeur de cette sorte de puits auquel je me compare volontiers. Mais j'ai aimé quitter les créatures et les objets familiers, m'écarter un moment de leur contact facile pour m'exposer à d'autres usages et à d'autres bruits, à d'autres modèles d'humanité.


Rien ne fut plus propice, sinon à une connaissance meilleure de moi-même, du moins à un essor plus grand des intuitions, des impressions et des sentiments qui me réglaient. Cela me pousse parfois à vivre déraisonnablement. Mais rien n'est si logique dans l'homme, et ce sont peut-être ses aveuglements qui, à la longue, le font un peu clairvoyant."



(Jean-François Beauchemin, Ceci est mon corps)

mardi 9 septembre 2008

Devenir écrivain

"Il me semble souvent que j'aurais pu exercer avec un certain bonheur beaucoup de métiers. Mais je me suis aperçu que je n'étais vraiment intéressé que par une seule chose : l'âme humaine, ce lieu étrange où se mêlent les meilleurs de nos passions et les pires de nos idées. J'ai toujours aimé ce beau désordre qui fait l'homme. J'ai refusé de le condamner. Au contraire, quand j'ai vu que les mots pouvaient l'embellir encore, je suis devenu écrivain."

(Jean-François Beauchemin)

dimanche 7 septembre 2008

Épitaphe

"Je fus ce que tu es, tu seras ce que je suis."

(Anonyme)

mercredi 3 septembre 2008

Adieu Michelle

"Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:

- Ah! tu es là...

Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:

- Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai...

Moi je me taisais.

- Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.

Moi je me taisais.

- Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces...

Moi je me taisais.

Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:

- Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire...

Moi je me taisais.

- Ce sera tellement amusant ! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurai cinq cents millions de fontaines...

Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait...

- C'est là. Laisse-moi faire un pas tout seul.

Et il s'assit parce qu'il avait peur.

Il dit encore:

- Tu sais... ma fleur... j'en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...

Moi je m'assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:

- Voilà... C'est tout...

Il hésita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.

Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable."

(Antoine de St-Exupéry, Le Petit Prince)




"Ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces..."

mercredi 27 août 2008

7 ans : le temps d'une thèse...le temps d'une vie

Lorsque la vie s'arrête
Qu'est-ce qui commence?

Lorsque vous vous dites : "À quoi bon?"
Quoi de bon dans cela ?

Et puis
avez-vous pensé un instant
un seul
instant
disparaître ?
Tout simplement
Comme cette petite fille de sept ans, happée par un camion
Absurdement
Sa mère effondrée
Un monde qui disparaît.

http://veloptimum.net/velonouvelles/8/ART/8aout/P27p.html

lundi 25 août 2008

Rhapsodie en blues


(Merci Krik pour la pose et pause musicales !)

Laisses-moi te dire un secret...

Laisses-moi te faire écouter les étoiles, les levers de soleil, et la pluie sur les feuilles des arbres,
Laisses-moi te faire sentir la lune pleine, la vaste étendue de mer et le rire des enfants.
Laisses-moi te peindre ma vie, ma ville, mes amis,
Laisses-moi te faire toucher tous mes rêves, et puis quelques uns de mes pires cauchemards.
Laisses-moi te confirmer combien je te ressemble,
En partie
Mon sourire qui est ton sourire
Ma joie qui est ta joie
Mes peines qui sont tes peines
Mon coeur et mes pensées
Toute à toi.
Laisses-moi t'étreindre dans mes bras,
Qui sont un peu les tiens
Encore une fois
Laisses-moi t'aider à te lever, à te laver, à t'habiller, à t'égayer,
A te coiffer, à te gratter même
Comme tu l'as fait pour moi
Autrefois.
Et surtout laisses-moi t'aider à boire et à manger,
À te faire rire, pleurer, étonner, réchauffer, rafraîchir, pâlir, rougir, sourire.
Et puis laisses-moi t'aider à respirer
A vivre
Encore
Toujours
Et malgré tout
Malgré cela,
Malgré la SLA.
Laisses-moi encore dormir à tes côtés
Laisses-moi encore écouter ta voix au téléphone
Une minute encore
Encore une minute
Une minute de plus
Chaque jour, une précieuse minute toujours plus haletante.
Laisses-moi enfin brûler ce fauteuil
Et puis ce lit et cette maison
Rendus médicalisés
Cette ventilation,
Artificielle.
Laisses-moi dire à tous ces gens bien intentionnés de partir
Loin de toi, loin de moi
Restons seules
Toi et moi
Afin que tu puisses
Tout simplement
Me laisser t'aimer.

Maman,

Ne me laisses pas.

La galère

"Je pense à toi
Qui penses à lui
Qui pense à elle
Qui pense à moi"

(Paroles : Pascal Lejeune, Le commun des bordels)